La cape d'invisibilité : comment aider son enfant face au harcèlement scolaire ?

 

En séance, quand j’accompagne des enfants victimes de harcèlement scolaire, j’entends souvent cette phrase : « Je voudrais être transparent. Que les autres fassent comme si je n’étais pas là. »

La souffrance est telle, la peur si grande, que la seule solution que ces enfants voient, c’est de se rendre tout petit, invisible, inexistant. Ils vont faire leur maximum pour éviter le conflit, éviter le regard. Surtout : ne rien faire qui pourrait attirer l’attention.



L’histoire de Mathias


Mathias, 10 ans, ne veut plus aller à la cantine. Il sait qu’Hugo va arriver avec sa bande pour se moquer de lui, l’insulter et la dernière fois, lui jeter le ballon dessus, partout où c’était possible, à plusieurs reprises.
Et Hugo continue. Tous les jours. Il l’insulte, lui pique son ballon, lui demande de l’argent. Et il le menace aussi :
« T’as dit quoi là ? Tu as insulté ma mère ? Vas-y, répète ! »
Mais Mathias n’a rien dit. Il est tétanisé. Il essaie de se justifier : « Non, j’ai rien dit, je… » Mais Hugo repart dans sa logorrhée. En séance, Mathias me dit qu’il ne se souvient même plus des insultes et qu’il voudrait être transparent.
La peur légitime, et qui à ce moment n’est plus contrôlable pour Mathias, envoie le message implicite à Hugo : « Go ! Tu peux continuer. »


Ce que Mathias a tenté


• Se justifier : « Je n’ai rien dit ! »
• Fuir : se déplacer loin dans la cour
• Aller voir les surveillantes : « Calmez-vous ! Laisse tomber ! »
• Négocier avec ses parents pour ne plus aller à la cantine


À chaque fois, le message est : Arrête, Hugo !

Et Hugo continue car il n’a aucune conséquence négative qui pourrait le freiner.

 


Le cercle vicieux du harcèlement

 


Plus Mathias cherche à « disparaître », à fuir  → Plus il montre sa peur → Plus Hugo gagne du pouvoir et plus il continue → Et plus Mathias veut encore plus fuir et éviter… 

La cape d’invisibilité ne protège pas. Dans ce cas précis, elle amplifie le problème.


L’approche systémique : faire l’inverse

En séance, je lui demande d’observer : comment Hugo vient vers lui, comment ça commence, quelles sont les « faiblesses » d’Hugo et de sa bande, comment ils se déplacent dans la cour, à quoi ils jouent…
Ce travail d’observation lui permet de relever le regard (il ne me regardait pas dans les yeux pendant les premières séances).

Cela lui permet d’avoir quelque chose à faire dans la cour, plutôt que fuir.


Les séances suivantes, nous avons construit des répliques verbales stratégiques, avec ses mots, son langage, les codes entre eux mais également ceux utilisés par Hugo.

Muni de ce bouclier, Mathias avait remplacé la cape d’invisibilité par quelque chose qui rebondit et renvoie l’attaque vers son expéditeur.


Résultat
La situation s’est progressivement apaisée. Mathias est retourné à la cantine. Il n’a pas toujours besoin d’utiliser les répliques mais il les a au cas où. Et c’est l’essentiel.